DOSSIER SYMBOLES :



Les licornes:                                                                                 



Les licornes sont appelées "unicornes" en latin et "monocéros" en grec. Peut-on déterminer depuis quand leur légende existe ?

La plus ancienne représentation d'un animal portant une seule corne se trouve sur les sceaux de la civilisation de l'Indus (2600-1800 av.JC) au Pakistan. (> Voir)
Cependant il est très probable que l'animal représenté avait deux cornes mais qu'une seule était indiquée quand il était montré de profil.

Plus tard, un animal ressemblant à une sorte de licorne sera connu en Chine sous le nom de Xie-zhi / Jie-zhi ou Hsieh (kaichi en japonais et haetae en coréen). C'était un bovin (ou un lion) muni d'une seule corne et il représentait la justice (> voir). Son nom a été retrouvé gravé sur un os de l'époque Shang (1766 à 1112 av.JC). A cette époque, cependant, il était encore considéré comme ayant deux cornes (peut-être correspondait-il au saola, une chèvre-antilope ?)... puis il en eut trois, puis enfin une seulement à l'époque Zhou (1112 à 771 av.JC).
Au 1er siècle ap.JC, dans le dictionnaire "Shuowen jiezi", cet animal est décrit ainsi :
"Le zhi est l'animal jie-zhi. Il ressemble à un bœuf avec une corne. Dans les temps anciens,lors d'un procès, il lui était ordonné de frapper les coupables."

Le onzième poème du livre "Shi-jing" (1100-400 av.JC) et le "Commentaire de Zuo", attribué à Zuo Qiuming (502-422 av.JC), sont les premiers textes chinois parlant d'un autre animal appelée "Qi-lin / K'i-lin (Kirin en japonais, girin en coréen et Kylan en vietnamien). C'était apparement une sorte de cerf tigré, mais on le confondra ensuite avec le Xie-zhi et on lui donnera la forme d'un cheval-dragon portant une corne de cerf (parfois deux) sur la tête (> Voir).
Ainsi, dans le "Shiji", Sima Qian (145-86 av.JC) écrit ceci :
"L'année suivante (122 av.JC), lorsque l'empereur se rendit à Yong pour effectuer le sacrifice suburbain, il captura une bête avec une corne qui ressemblait à un ki-lin. Les fonctionnaires ont annoncé : 'Comme votre Majesté a accompli le sacrifice de banlieue avec respect et attention, le Seigneur d'en Haut a jugé bon de vous récompenser en envoyant cette bête à une corne. N'est-elle pas ce qu'on appelle un ki-lin ?' "
Cet animal était le symbole de la perspicacité et son apparition annoncait la naissance d'un sage dans le royaume. Selon certains, seul le cri du mâle (Qi) présageait l'apparition d'un sage, celui de la femelle (Lin)indiquant le retour à la paix.

Au moyen-orient, on trouve une autre piste pointant vers des animaux ressemblant à des licornes.
Ainsi, sur une stèle du roi assyrien Shalmanazar III (858-824 av.JC) de Nimrud, est représentée une procession d'animaux dont l'un n'a qu'une corne. Le texte assyrien dit qu'il s'agit d'un tribu provenant de la terre de Musri (Egypte ou Kurdistan) :
"Des chameaux dont le dos est doublé, un bœuf de rivière (hippopotame), un sakea (licorne ?), un susu (antilope), des éléphants, des baz'us et des uqupus (singes)."
D'autres représentations semblables sont connues en Assyrie. (> Voir)
Il est cependant très probable que cet animal avait deux cornes mais qu'une seule était représentée quand il était montré de profil.

Ensuite c'est en Perse, à Persepolis, qu'on retrouvera de pareilles représentations d'animaux à une corne représentés de profil. (> Voir)

Le plus ancien texte parlant des licornes en Occident est l'"Indika", écrit par Ctésias vers 389 av.JC. Ce livre décrit la faune de l'Inde :
"Il y a dans l'Inde des ânes sauvages de la grandeur des chevaux, et même de plus grands encore. Ils ont le corps blanc, la tête couleur de pourpre, les yeux bleuâtres, une corne au front longue d'une coudée et demi. La partie inférieure de cette corne, en partant du front et en remontant jusqu'à deux palmes, est entièrement blanche ; celle du milieu est noire ; la supérieure est pourpre, d'un beau rouge, et se termine en pointe. On en fait des vases à boire. Ceux qui s'en servent ne sont sujets ni aux convulsions, ni à l'épilepsie, ni à être empoisonnés, pourvu qu'avant de prendre du poison, ou qu'après en avoir pris, ils boivent dans ces vases de l'eau, du vin, ou d'une autre liqueur quelconque. Les ânes domestiques ou sauvages des autres pays n'ont, de même que tous les solipèdes, ni l'osselet, ni la vésicule du fiel. L'âne d'Inde est le seul qui les ait. Leur osselet est le plus beau que j'aie vu ; il ressemble pour la figure et la grandeur à celui du bœuf. Il est pesant comme du plomb et rouge jusqu'au fond comme du cinabre. Cet animal est très fort et très vite à la course. Le cheval, ni aucun autre animal, ne peut l'atteindre. D'abord il court lentement, il s'anime ensuite merveilleusement, enfin sa course devient plus rapide et subsiste très long-temps. On ne peut pas les prendre à la chasse. Lorsqu'ils mènent paître leurs petits, s'ils se voient enfermés par un grand nombre de cavaliers, ne voulant pas les abandonner pour fuir, ils se défendent avec leur corne, ils ruent, ils mordent et font périr beaucoup de cavaliers et de chevaux. On les prend aussi eux-mêmes après les avoir percés de flèches et de traits ; car il n'est pas possible de les prendre vivants. On ne peut en manger la chair à cause de son amertume, et on ne les chasse que pour en avoir la corne et l'osselet."
(Chap.25-26)

Aristote (384-322 av.JC)parle également des licornes de l'Inde dans son "Histoire des animaux 2;1; 499b;16-20" :
"On peut encore remarquer que certains animaux ont des cornes, et que les autres n'en ont pas. La plupart de ceux qui sont pourvus de cornes ont le sabot fendu, comme le bœuf, le cerf et la chèvre ; on n'a jamais observé d'animal au sabot non-fendu à deux cornes. Mais il y a un petit nombre d'animaux qui ont une seule corne et le sabot non-fendu, comme l'âne des Indes. L'oryx n'a qu'une corne, et il a le sabot fendu."

En 228, Athénée de Naucratis, citant Callixeinus de Rhodes (vers 250-200 av.JC), décrit les rhinocéros dans son livre "Les Deipnosophistes".

A 3ème siècle av.JC, à Marisa (Mareshah) en Judée, une peinture dans une tombe représente différents animaux dont un rhinocéros et un autre animal à une corne dont seules quelques lettres de son nom ont subsisté : "(E)loph..." (> voir).

Strabon (60 av.JC - 20 ap.JC) citant Megastene (300 av.JC), parle aussi des licornes de l'Inde :
"La plupart de nos animaux domestiques se trouvent dans cette partie de l'Inde à l'état sauvage ; qu'il s'y trouve aussi des chevaux à tête de cerf (élaphrokrànous)surmontée d'une seule corne (onokératos), des roseaux droits longs de trente orgycs et des roseaux rampants longs de cinquante et tellement gros que leur diamètre mesure trois coudées et quelquefois le double." (Strabon 15;1;56)

Dans la Septante (Bible écrite en grec vers 270 av.JC), le nom du "re'em" (rimu en assyrien) est traduit par "monocéros" (licorne). Cependant à l'origine ce mot désignait l'auroch (et en arabe "rim" signifie "gazelle"). Cet animal apparait dans neuf passages, symbolisant la puissance de Dieu...

Nombres 23:22 :
"Dieu les a fait sortir d'Égypte, Il est pour eux comme la vigueur du re'm."

Nombres 24:8 :
"Dieu l'a fait sortir d'Égypte, Il est pour lui comme la vigueur du re'em. Il dévore les nations qui s'élèvent contre lui, Il brise leurs os, et les abat de ses flèches."

Deutéronome 33:17:
"De son taureau premier-né il a la majesté; SES cornes sont les cornes du re'em. Avec elles il frappera tous les peuples, jusqu'aux extrémités de la terre : Elles sont les myriades d'Éphraïm, Elles sont les milliers de Manassé."

Job 39:12 :
"Le re'em voudra-t-il être à ton service ? Passera-t-il la nuit auprès de ta crèche ?"

Job 39:13-15 :
"Attacheras-tu le re'em par sa corde dans le sillon ? Hersera-t-il les vallées après toi ?
Auras-tu confiance en lui, parce que sa force est grande, et lui abandonneras-tu ton labeur ? Te fieras-tu à lui pour rentrer ce que tu as semé, et rassemblera-t-il [le blé] dans ton aire ?"

Psaumes 22:21 :
"Sauve-moi de la gueule du lion, Délivre-moi des cornes du re'em."

Psaumes 29:6 :
"Il les fait bondir comme des veaux, Et le Liban et le Sirion comme de jeunes re'em."

Psaumes 92:10/11 :
"Et tu me donnes la force du re'm; Je suis arrosé avec une huile fraîche."

Ésaïe 34:7 :
"Les re'm tombent avec eux, Et les boeufs avec les taureaux; La terre s'abreuve de sang, Et le sol est imprégné de graisse."

Pline l'Ancien (23-79 ap.JC) parle aussi des licornes dans son "Histoire naturelle, livre 8" :
"L'Éthiopie produit des lynx en grand nombre, des sphinx au poil roux, avec deux mamelles à la poitrine, et beaucoup d'autres animaux monstrueux, des chevaux ailés, armés de cornes qu'on appelle pégases; des crocottes, qui semblent nées du chien et du loup, brisant tout avec leurs dents, et digérant aussitôt ce qu'elles ont dévore; des cercopithèques à tête noire, à poil d'âne, et différant des autres animaux par la voix ; des bœufs pareils à ceux de l'Inde, à une corne et à trois cornes (...)
Dans l'Inde on trouve encore des bœufs dont le pied n'est pas fendu, et qui n'ont qu'une corne; et une bête nommée axis, ayant la robe d'un faon, avec des mouchetures plus nombreuses et plus blanches : on l'offre en sacrifice à Bacchus. Les Indiens Orséens vont à la chasse de singes dont tout le corps est blanc. Ils chassent aussi une bête intraitable ; c'est le monocéros (unicorne), semblable au cheval par le corps, au cerf par la tête, à l'éléphant par les pieds, au sanglier par la queue; elle a un mugissement grave, et une seule corne noire s'élevant de deux coudées au milieu du front: on dit que cette bête ne peut pas être prise vivante."
(Chap.30;21 et31)

Philostrate (170-249) parle aussi des licornes d'Inde, en reprenant le récit de Ctésias, dans sa "Vie d'Apollonios de Tyane; 14" :
"Dans les marais qui bordent le fleuve on prend des onagres. Ces animaux ont sur le front une corne, dont ils se servent pour combattre à la manière des taureaux, et cela avec beaucoup de courage. Les Indiens font de ces cornes des coupes, et leur attribuent des propriétés merveilleuses : il suffit d'avoir bu dans une de ces cornes pour être pendant tout le jour à l'abri de toute maladie, pour ne pas souffrir d'une blessure, pour traverser impunément le feu, pour n'avoir rien à craindre des poisons les plus violents : ces coupes sont réservées aux rois, et les rois seuls font la chasse à l'onagre. Apollonius dit avoir vu un de ces animaux, et s'être écrié : 'Voilà un singulier animal !' Et comme Damis lui demandait s'il croyait à ce que l'on contait des cornes de l'onagre, il répondit : 'Je le croirai quand on me montrera quelqu'un de ces rois de l'Inde qui ne soit pas mortel. Lorsqu'un homme peut me présenter, ou présenter au premier venu une coupe qui, loin d'engendrer les maladies, les éloigne, comment supposer qu'il ne commence pas par s'en verser à longs traits jusqu'à s'enivrer ? Et en vérité personne ne pourrait trouver mauvais qu'on s'enivrât à boire à une telle coupe'."

Claude Aélien (175-235), reprend la description de la licorne d'Inde par Ctésias :
"J'ai appris qu'il naissait en Inde des onagres dont la taille n'est pas inférieure à celle des chevaux. Tout leur corps est blanc, sauf leur tête, qui se rapproche du pourpre, et leurs yeux, qui diffusent une couleur bleu foncé. Ils ont sur le front une corne qui atteint bien une coudée et demie de long : la base de la corne est blanche, la pointe rouge vif, et la partie médiane d'un noir profond. (…) d'après Ctésias, les ânes indiens qui possèdent une corne (…) sont plus rapides que les ânes, et même plus rapides que les chevaux et les cerfs (…). Voici jusqu'où va la force de ces animaux : rien ne peut résister à leurs coups et tout cède et, le cas échéant, est complètement broyé et mutilé. Il leur arrive même fréquemment de déchirer les flancs de chevaux, en se ruant sur eux, et de leur faire sortir les entrailles (…). Il est pratiquement impossible de capturer un adulte vivant, et on les abat avec des lances et des flèches (…)." (15)

Mais Aélien présente également une autre sorte de licorne :
"On dit qu'il y a des montagnes dans les régions intérieures de l'Inde qui sont inaccessibles aux hommes, et par conséquent pleines de bêtes sauvages. Parmi celles-ci existe une bête à cornes qu'ils appellent kartazonos / cartazonus. Cet animal est aussi grand qu'un cheval adulte, il a à sa crinière des poils roux, et est très rapide du pied. Ses pattes sont, comme ceux de l'éléphant, non articulés et il a le queue d'un cochon (ou d'une chèvre). Entre ses yeux se dresse une seule corne, qui n'est pas lisse mais avec des anneaux naturels, s'amenuisant graduellement en un point très aigu ,et est de couleur noire. De tous les animaux, c'est celui qui a la voix la plus dissonante. Avec les bêtes d'autres espèces qui l'approchent, le kartazonos est doux, mais il se bat avec ses congénères (...). A la saison du rut, il devient doux envers la femelle qu'il s'est choisie, et ils paissent ensemble côte à côte, mais quand le temps est fini, il redevient sauvage et vadrouille seul. On dit que les jeunes sont quelquefois apportés au roi pour être exhibés les jours de fêtes, mais personne ne se souvient de la capture d'un seul spécimen d'âge mur."

Le nom "kartazonos" provenait du sanskrit "Kartajan" ou du persan "Kargadan / karkadann" signifiant "seigneur du désert" et désignant le rhinocéros.

Vers le 3ème siècle, le livre "Physiologus" parle également des licornes, sous le nom de "monoceros" en grec et d'"unicorne" en latin, c'est à dire "une-corne" :
"Le psalmiste dit : 'Ma corne sera portée dans les hauteurs comme celle de l'unicorne'. Le Physiologue a dit que l'unicorne a la nature suivante : c'est un petit animal qui ressemble au chevreau, et qui est tout à fait paisible et doux. Il porte une corne unique au milieu du front. Les chasseurs ne peuvent l'approcher à cause de sa force. Comment donc est-il capturé ? Ils envoient vers lui une vierge immaculée et l'animal vient se lover dans le giron de la vierge. Elle allaite l'animal et l'emporte dans le palais du roi. L'unicorne s'applique donc au Sauveur. 'Car dans la maison de David notre père a fait se dresser une corne de salut'. Les puissances angéliques n'ont pas pu le maîtriser et il s'est installé dans le ventre de Marie, celle qui est véritablement toujours vierge, et le verbe s'est fait chair, et il s'est installé parmi nous."

Dans le Talmud (vers 400-600 ap.JC) il est également spéculé à propos d'une licorne...

Ainsi, dans l'Exode 35:6-7, il est écrit ceci à propos de la tente du tabernacle :
"Et du bleu, et de la pourpre, et de l'écarlate, et du coton blanc, et du poil de chèvre ; et des peaux de béliers teintes en rouge, et des peaux de tehashim (?), et du bois de sittim."

Et dans l'Exode 36:19 il est ajouté cela :
"Et on fit pour la tente une couverture de peaux de béliers teintes en rouge, et une couverture de peaux de tehashim (?) par-dessus."

Le Talmud de Jérusalem, Shabbat 2;3 a tenté de définir ce que voulait dire le mot "tehashim" : "R.Eleazar a demandé: Peut-on fabriquer une tente à partir de la peau d'un animal impur?
N'est-il pas écrit (dans Exode 36:19), d'utiliser des peaux de Techashs (pour couvrir le tabernacle) ?"
R.Judah dit: C'était du violet,le nom d'un colorant.
R.Néhémie a dit: C'était de la fourrure de belette importée par Axeinoi.
Les autres rabbins ont dit: C'était (la peau d')un animal pur qui vivait dans le désert.
Cela correspond à ce que R.Eleazar b.Yosé a déclaré, et R.Abbahu au nom de R.Simeon b.Laqish au nom de R.Meir : Le Saint béni soit-Il a créé un animal pur pour Moïse dans le désert. Une fois que Moïse eut construit le tabernacle avec lui, il s'est caché.
R.Abun a dit, il (l'animal) s'appelait qeresh / keresh.
R.Hoshaya (Hoshea)a enseigné qu'il n'avait qu'une corne.'Et cela plaira plus à l'Éternel qu'un taureau, un bœuf qui a des cornes et l'ongle divisé.'(Psaume 69:31/32)."

Le Talmud Babylonien, Shabbat 28b a ajouté ceci à propos de cette licorne keresh :
"A l'époque de Moïse c'était une espèce distincte et les sages ne pouvaient pas décider s'il s'agissait d'un animal sauvage ou domestique, et il avait une corne sur le front."

Et le Talmud, Chullin 59b et 60a ajoute cela :
"Et la graisse du keresh, même si elle possède une corne, est permise (...)
R.Yehudah a dit : le taureau qu'Adam, le premier homme, a sacrifié, avait une seule corne sur son front".

La Septante (Ancien Testament écrit en grec), cependant,traduit systématiquement "Tahash" par des "peaux de hyacinthes" (dermata huakinthina), c'est-à-dire des peaux colorées avec des jacinthes, ce qui confirme plutôt l'opinion de R.Judah et contredit donc l'idée que le tabernacle était recouvert d'une peau de licorne.

Le Talmud Babylonien (Shabbath 28ab), le Talmud de Jérusalem (Shabbat 2: 3) et le Midrash Tanchuma 6 croient cependant quand même à l'existence d'un cerf géant à une seule corne et dont la peau, longue de 16 coudées, est multicolore. Il est appelé Keresh et est originaire d'une forêt mythique du nom de "Be-Ila'i /Bei Ilai". On dit aussi qu'il est accompagné d'un lion géant appelé "Tigris" (Etrangement on retrouve également un lion et une licorne sur les armoiries du Royaume uni représentant l'Angleterre et l'Ecosse ainsi que sur la tapisserie de la "dame à la licorne" où ils représentent le courage et la pureté).
Certains pensent plutôt que le Keresh aurait six cornes et mesure 30 coudées de long, soit 13,716 mètres (!)

Cosmas Indicopleustès, au VIème siècle, parle aussi des monocéros /licornes :
"Elle est redoutable et invincible, ayant toute sa force dans la corne. Chaque fois qu'elle se croit poursuivie par plusieurs chasseurs et sur le point d'être prise, elle bondit sur un roc escarpé et se lance d'en haut ; pendant sa chute elle se retourne ; sa corne amortit le choc et elle reste indemne."

En 831, chez les musulmans,Wahab décrit le Kardandan des Indes :
"Cette créature a au front une corne marquée d'une tache ronde avec l'image d'hommes, de paons, de poissons… Cet animal est plus petit que l'éléphant, et il ressemble à un buffle depuis le col jusqu'aux extrémités inférieures. Leurs sabots n'ont aucune fente et ils sont tout d'une pièce des pieds à l'épaule. Les cornes ornées se vendent chez les Chinois deux ou trois cent pièces d'or."

l'iranien Al-Biruni (973-1048) décrit aussi l'animal :
"(...) la structure d'un buffle (...) une peau noire et squameuse; un fanon descendant sous la peau. Elle a trois sabots jaunes sur chaque pied ... La queue n'est pas longue. Les yeux sont bas , plus bas sur la joue que tous les autres animaux. Au sommet du nez, il y a une seule corne qui est courbée vers le haut."
"la corne est conique, recourbée vers la tête et plus longue qu'une travée (...) les oreilles de l'animal dépassent des deux côtés comme celles d'un l'âne, et (...) sa lèvre supérieure se forme en forme de doigt, comme la protubérance à l'extrémité du tronc d'un éléphant."

On remarquera d'ailleurs qu'en persan et en arabe, le même mot est utilisé pour désigner à la fois la licorne et le rhinocéros : karkadann / kargadan. L'iranien Al-Qazwini (Al-Qazwini,(mort en 1283) prétendait que la corne du karkadann pouvait guérir de nombreuses maladies et servir d'antidote aux poisons.

L'iranien Al-Qazwini (1203-1283) décrit une autre sorte de licorne : Le Shadhahvar. C'est une créature carnivore semblable à une gazelle portant une seule corne qui se ramifie.Celle-ci émet des sons permettant d'attirer des proies.

Hildegarde de Bingen (1098-1179) décrit également la licorne / monocéros :
"Elle se nourrit de plantes pures, et quand elle marche, elle fait des sortes de sauts. Régulièrement, une fois par an, la licorne se rend vers la terre qui contient le suc du paradis, et elle y cherche les meilleures herbes, les foule du pied et les mange ; elle en tire beaucoup de force, et c'est pour cela qu'elle fuit les autres animaux. Sous sa corne se trouve un morceau d'airain brillant comme du verre, si bien que l'homme peut y mirer sa face comme dans un miroir."

Barthélemy l'Anglais, au début du XIIIème siècle, parle aussi des monocéros (licornes) dans son "Livre des propriétés des choses" :
"Certaines ont un corps de cheval, une tête de cerf, une queue de sanglier, et ont une corne noire (...) On les appelle souvent monocéros ou monoceron. Une autre variété de licornes est appelée églisseron, c'est-à-dire chèvre cornue. Elle est grande et haute comme un cheval, mais semblable à un chevreuil ; sa corne est blanche et très pointue (...) Une autre espèce est semblable à un bœuf, tachée de taches blanches ; sa corne est noire et brune, et elle charge son adversaire comme le fait un taureau."

Dans le "Bestiaire divin" de Guillaume Le Clerc de Normandie, vers 1211, on parle du pouvoir que possèdent les vierges de charmer et calmer les licornes :
"Nous allons vous parler de la licorne : C'est un animal qui ne possède qu'une seule corne placée au beau milieu du front. Cette bête est si téméraire, agressive et hardie qu'elle s'attaque à l'éléphant avec son sabot dur et tranchant. Son sabot est si aigu que, quoi qu'elle frappe, il n'est rien qu'elle ne puisse percer ou fendre. L'éléphant n'a aucun moyen de se défendre quand la licorne attaque, elle le frappe comme une lame sous le ventre et l'éventre entièrement. C'est le plus redoutable de tous les animaux qui existent au monde, sa vigueur est telle qu'elle ne craint aucun chasseur. Ceux qui veulent tenter de la prendre par ruse et de la lier doivent l'épier pendant qu'elle joue sur la montagne ou dans la vallée, une fois qu'ils ont découvert son gite et relevé avec soin ses traces, ils vont chercher une demoiselle qu'ils savent vierge, puis la font s'assoir au gite de la bête et attendent là pour la capturer. Lorsque la licorne arrive et qu'elle voit la jeune fille, elle vient aussitôt à elle et se couche sur ses genoux ; alors les chasseurs, qui sont en train de l'épier, s'élancent ; ils s'emparent d'elle et la lient, puis ils la conduisent devant le roi, de force et aussi vite qu'ils le peuvent."

Dans le "Bestiaire" de Pierre de Beauvais, au début du XIIIème siècle, il est dit de même :
"Il existe une bête appelée en grec monocéros c'est-à-dire en latin unicornis. Physiologue dit que la nature de la licorne est telle qu'elle est de petite taille et qu'elle ressemble à un chevreau. Elle possède une corne au milieu de la tête, et elle est si féroce qu'aucun homme ne peut s'emparer d'elle, si ce n'est de la manière que je vais vous dire: les chasseurs conduisent une jeune fille vierge à l'endroit où demeure la licorne et ils la laissent assise sur un siège, seule dans le bois. Aussitôt que la licorne voit la jeune fille, elle vient s'endormir sur ses genoux. C'est de cette manière que les chasseurs peuvent s'emparer d'elle et la conduire dans les palais des rois."

Ainsi le comte Thibaut IV de Champagne (1201-1253) se compare à une licorne charmée :
"Je suis comme la licorne, troublée de contempler la jeune fille qui l'enchante, si joyeuse de son supplice que pâmée elle tombe en son giron et qu'alors on tue par trahison."

Selon le "le Songshu" Gengis khan aurait rencontré, au Thibet, en 1224, une créature "se présentant comme un cerf avec la queue d'un cheval, de couleur verte et avec une seule corne." Pour Yelü Chucai, cet animal aurait été un jueduan, c'est à dire un rhinocéros.
Certains disent que cet animal serait plutôt celui qu'on appelle "chiru" en thibétain du sud et "sérou" en thibétain du nord : l'antilope "Pantholops hodgsoni". Celle-ci possède deux cornes que l'on commercialise parfois en les faisant passer pour des cornes de licornes. On l'appelle aussi kéré en mongol ... un nom qui désigne aussi le rhinocéros.

Au milieu du XIIIème siècle, Maître Albert, dans son Dans son livre "De Animalibus", décrit dix sortes de licornes : les monoceros, monocerons, archos, unicornes, rhinocéros, onagres indiens, ânes indiens, boeufs et taureaux.

Marco Polo (1254-1324)dit avoir vu des unicornes (licornes) dans son "Devisement du monde" (Livre 3, chapitre 15) en 1298. Il s'agit probablement de rhinocéros :
"Et quand on part du royaume de Ferlech, on entre au royaume de Basman, qui est à la sortie de Ferlec. Ce Basman est un royaume par lui-même. Ils y ont leur langage, mais ils sont des gens qui n'ont nulle loi, sinon celle des bêtes. Ils se réclament de la suzeraineté du Gran Can, mais ils ne lui payent nul tribut, parce qu'ils sont si loin que les gens du Grand Can ne pourraient y aller. Et même, tous ceux de l'île, ils se réclament pour siens ; quelquesfois, seulement lui font présent de choses étranges : éléphants, unicornes ou autres, et spécialement une espèce d'autours noirs, par l'entremise de ceux qui passent par là. Ils ont maints éléphants sauvages, et assez d'unicornes, qui ne sont guère moins gros qu'un éléphant ; ils ont le poil du buffle, le pied comme celui de l'éléphant, une corne au milieu du front, très grosse et noire. Et vous dis qu'il ne fait aucun mal aux hommes et aux bêtes avec sa corne, mais seulement avec la langue et les genoux, car sur sa langue il a des épinestrès longues et très aigües. Quand il veut détruire un être, il le piétine et l'écrase par terre avec les genoux, puis lui inflige les maux qu'il fait avec sa langue. Il a la tête comme un sanglier sauvage, et la porte toujours inclinée vers la terre ; il demeure volontiers dans la boue et la fange parmi les lacs et les forêts. C'est une très vilaine bête à voir, et dégoûtante. Il n'est point du tout comme nous, d'ici, disons et décrivons, quand nous prétendons qu'il se laisse attraper par le poitrail par une pucelle. C'est tout le contraire de ce que nous croyons."

Au XIVème siècle, le français adopte le mot italien "alicorno" (ou l'espagnol "alicorne"), déformation du latin "unicornis", et le déforme en "licorne".
La licorne ressemble à un cheval blanc avec une barbiche de bouc et une longue corne droite, spiralée et pointue.

En 1489, Jean de Hèse, décrit ce qu'il a vu dans les environs de Jérusalem :
"Auprès du champ d'Hélyon, en la Terre Sainte, est le fleuve appelé Marath, Très-amer, sur lequel Moïse frappa de sa verge. Il lui communiqua ainsi la douceur, et les enfants d'Israël en burent. De nos jours encore, dit-on, après le coucher du soleil, les animaux venimeux empoisonnent cette eau, de telle sorte que dès lors on n'en peut plus boire de bonne. Mais le matin, aussitôt après le soleil levé, la licorne (unicornus)vient de la mer ; elle plonge sa corne dans ledit fleuve et en chasse le venin, afin que les autres animaux puissent y boire pendant le reste du jour. J'ai, moi-même, été témoin du fait que je rapporte."

Vers 1503, l'explorateur italien Ludovico de Verthema décrit deux Licornes originaires d'Ethiopie retenues captives à la Mecque :
"Le plus grand est fait comme un poulain d'un an, et a une corne d'environ quatre paumes de long. Il a la couleur d'un bai brun, la tête d'un cerf, le col court, le poil court et pendant sur un côté, la jambe légère comme un chevreuil. Son pied est fendu comme celui d'une chèvre et il a des poils sur les jambes de derrière. C'est une bête fière et discrète."

Ulysse Aldrovandi (1522-1607) écrit cependant ceci dans son "Histoire naturelle des quadrupèdes" :
"Quant au monocéros de Paul de Venise (Marco Polo), je pense que personne ne pourra me reprocher d'y voir un rhinocéros. En effet, ils se ressemblent assez, d'après les marques qu'il en donne: sa taille proche de celle de l'éléphant, bien sûr, mais aussi sa laideur, sa lenteur, et sa tête porcine, caractéristiques qui décrivent bien le rhinocéros."

A cette époque circulent des cornes de narval que l'on fait passer pour des cornes de licornes. C'est un commerce très lucratif étant donné que les gens sont prêts à payer très cher ces cornes qu'ils prennent pour un remède universel. L'existance de ces cornes, cependant, ne fait que renforcer la croyance en l'existence des licornes.

Au XVIème siècle, dans son 'Théâtre de la nature", Jean Bodin décrit une telle corne :
"Je n'ose pas assurer ici laquelle de ces deux bêtes, monocéros ou licorne, est la corne qui se voir à Saint Denis en France; toutefois elle a plus de six pieds en longueur, étant tellement creuse qu'elle pourrait tenir en sa qualité plus qu'une quarte de liqueur: on lui attribue d'admirables vertus contre le venin; le commun l'appelle licorne."

En 1575, André Thevet, dans sa "Cosmographie Universelle, 1;12;5", décrit une sorte de licorne amphibie aperçue prés du détroit de Malacca et qu'il appelle le "camphruch" :
"Ce nom de Camphruch, est le nom d'une bête amphibie, qui participe de l'eau et de la terre, comme le Crocodile. Or cette bête est de la grandeur d'une biche, ayant une corne au front, mobile, comme pourrait être la crète d'un coq d'Inde, et est de longueur de trois pieds et demi, et sa plus ronde grosseur est comme le bras d'un homme, pleine de poil autour du col, qui tire à la couleur grisâtre. Elle a deux pattes, qui lui servent à nager dans l'eau douce et salée, faites comme celles d'une oie (et vit la plus grand part de poissons) et les autres deux pieds de devant faits comme ceux d'un cerf ou biche. Il y quelques uns qui se sont persuadé que c'était une espèce de Licorne, et que sa corne qui est rare et riche, est très excellente contre le venin. Le Roi de l'ile porte volontiers son nom."
Cette créature n'a rien à voir avec le narval puisqu'elle possède des pattes.

A.Paré, en 1582, déformera ce nom en "camphur" dans son "Discours de la Licorne"(f.19b-20b) et le fera vivre en Ethiopie sur l'île de Moluques (!) Et Aldrovandi le déformera ensuite en "camphurch".

Dionyse Settle, dans un récit de voyage de Martin Frobisher en 1577, est le premier à décrire un narval :
"Sur la rive ouest, nous avons trouvé un poisson mort qui flottait et dont le nez était affublé d'une corne droite, torsadée, longue de deux verges moins deux pouces et brisée au bout, ce qui nous permit de voir qu'elle était creuse. Quelques marins mirent des araignées dans cette cavité, où elles ne tardèrent pas à mourir. Je n'ai pas été témoin de cette expérience, mais on m'a dit que c'était bel et bien arrivé. Selon ces constatations, nous avons jugé que l'animal était une licorne de mer."

La première mention des narvals comme réelle provenance des cornes de licornes se trouve dans l'"Atlas minor" de Gérard Mercator et Job Hondius, en 1607 :
"Le temps me faudrait, si je voulais réciter au menu le nombre de tant de poissons.Je ne mentionnerai que les plus rares. Entre lesquels est le Nahwal.Sa chair fait soudain mourir celui qui en mange, et il a une dent de sept coudées sur l'inférieure partie de la tête. Aucuns l'ont vendue pour corne de monocéros, et croit-on qu'elle résiste aux venins. Cette bestiasse a quarante aulnes de longueurs".
Ce texte s'inspirait du "Théâtre de l'univers" d'Abraham Ortelius,datant de 1570.

Caspar Bartholin, dans sa "Dissertation sur la licorne", en 1628, décrit huit sortes de licornes : l'oryx, le camphur, l'unicorne des mers boréales (narval), le bœuf unicorne des Indes, l'âne indien, le cheval unicorne d'Inde, le rhinocéros, et le véritable monocéros.

En 1751,le Baron d'Holbach écrit ceci à l'article "Licorne" de L'"Encyclopédie":
"La substance osseuse, semblable à de l'ivoire ou à une corne torse est garnie de spirales (qu'on rapporte parfois de Sibérie) n'appartient point à l'animal fabuleux à qui on a donné le nom de licorne ; mais (...) elle vient de l'animal cétacé, qu'on nomme narhwal."

En 1773, Fortunato Bartolomeo, dans "De Felice", écrit ceci :
"Les cornes de licornes qu'on montre en différents endroits, sont ou des cornes d'autres animaux connus, ou des morceaux d'ivoire tourné, ou des dents de poisson."

En 1775, George Wolfgang Knorr et Jearn Ernest Emanuel Walch affirment cela :
"On ne sait combien de fables les anciens ont débité par ex. d'un animal quadrupède, qui devait porter une corne au milieu du front, et qu'ils appelaient pour cela du nom de monocerus, ou Licorne. L'on fait que ces cornes, que l'on donnait autrefois pour être d'un animal quadrupède, viennent d'un grand poisson de mer, que l'on nomme Narvhall, qui porte cette défense non pas sur le crâne comme une corne, mais à la mâchoire supérieure en place d'une dent. L'on sait encore que lorsqu'on trouvait autrefois dans la terre de semblables cornes ou leurs fragments pétrifiés ou calcinés, on les prenait toujours pour des cornes de cette prétendue licorne."

Et en 1783, dans un dictionnaire, Augustin Calmet veut conclure que le rheem, le monocéros, la licorne et le rhinocéros sont la même créature.

Il est très possible, en effet, que la légende de la licorne soit basée, à l'origine, sur les rhinocéros, tout simplement.